Par Ariane Chenard
Analyste en agroalimentation

Union des consommateurs

Le Devoir (14 décembre 2009) nous apprend qu’un nouveau rapport du Comité de recherche et d’information indépendant sur le génie génétique (CRIIGEN) de France conclut que trois variétés de maïs génétiquement modifiés, développés par la multinationale Monsanto et utilisés à grande échelle au Canada, les MON 810, MON 863 et NK 603, présentent des signes de toxicité inquiétants. La contre-expertise du CRIIGEN démontre  que les études menées par Monsanto, sur lesquelles se sont basées les instances réglementaires pour approuver ces variétés, étaient déficientes et que des signes de toxicités sont visibles après seulement 90 jours d’essais en laboratoire.  Cela devrait nous pousser à remettre en question le processus d’approbation des OGM au Canada.

Le processus réglementaire au Canada est tel que l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) et Santé Canada ne font pas eux-mêmes de tests avant d’approuver un nouvel OGM, mais évaluent les données fournies par l’industrie. Le gouvernement n’a d’ailleurs pas de méthodologie standard pour faire ces évaluations et se fie à la méthodologie de l’industrie. Les données ne sont pas non plus disponibles pour des évaluations indépendantes. En 2001, un groupe d’experts de la Société royale du Canada signalait le manque de transparence dans le processus d’approbation des OGM. Il concluait « qu’il n’existait aucune façon de déterminer jusqu’à quel point on répond aux exigences en matière de renseignements pendant le processus d’approbation ni d’évaluer jusqu’à quel point les approbations étaient fondées sur des renseignements scientifiques rigoureux ».

En juillet dernier, l’ACIA approuvait le maïs SmartStax des compagnies Monsanto et Dow AgroSciences sans même que Santé Canada ne fasse de test de toxicité. Ce maïs, destiné à la fois à l’alimentation humaine et animale,  combine huit nouveaux gènes : six gènes produisant des pesticides et deux gènes de résistance à des herbicides. Il devrait se retrouver dans la chaîne alimentaire dès 2010. Rappelons que le Canada refuse toujours l’étiquetage obligatoire des aliments contenant des OGM. Les consommateurs n’ont donc aucun moyen de savoir s’ils en consomment, ce qui est encore plus inacceptable compte tenu des résultats de l’étude du CRIIGEN.

Santé Canada n’a fait aucun test de toxicité pour le SmartStax, car il ne considère pas cette nouvelle variété comme un « aliment nouveau », étant donné qu’il résulte du croisement classique entre des variétés de maïs déjà approuvées au Canada. En effet, dans le cas des variétés qui « empilent » des caractéristiques, comme le SmartStax, c’est aux promoteurs de la biotechnologie de déterminer s’il y a des « caractéristiques nouvelles » associées à la culture qui auraient un impact sur la sécurité des aliments. Ainsi, c’est à Monsanto et Dow AgroSciences que revient le soin d’identifier et d’informer Santé Canada et l’ACIA si des problèmes résultent de l’utilisation du SmartStax. Dans une lettre de Santé Canada envoyée au Réseau canadien d’action sur les biotechnologies (RCAB) en octobre dernier, Santé Canada dit « s’attendre » (expect) à ce que les promoteurs de biotechnologies s’assurent qu’il n’existe aucun effet imprévu.

Le système réglementaire canadien est déficient et permet d’approuver de nouvelles variétés d’OGM sans contre-expertises possibles ou sans même évaluer les nouvelles variétés. L’ACIA et Santé Canada jouent le jeu des compagnies de biotechnologies et se fient à leurs études et leurs données gardées secrètes. Peut-on avoir confiance en un tel système? Veut-on vraiment se fier à Monsanto pour l’évaluation de l’innocuité des aliments contenant des OGM?

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5 Commentaires

  1. Thérèse

    J’aimerais que Santé Canada puisse faire les analyses nécessaires sur tout les aliments et non laisser ce travail à des compagnies qui ne travaillent que pour leur propre intérêt.
    En votant pour un gouvernement qui me représente dans ce grand pays démocratique, je n’ai choisi aucune compagnie qui prenne soin de ma santé.
    SVP veuillez garder la santé des citoyens à coeur.
    Merci.
    TV

    14/05/2010 | 11:04
  2. Joanne

    Santé Canada se doit de protéger la santé de ses citoyens. L’étiquettage constitue un outil élémentaire important pour y arriver. Ne laissez pas notre santé entre les mains des industries qui ont à coeur leurs profits d’abord et avant tout. Tandis que celles-ci s’enrichissent, notre pays
    s’appauvrit puisque nous payons la note en frais de santé.
    Protégez en même temps notre démocratie. Nous votons pour le droit de choisir ce que nous mettons dans notre corps. L’industrie, c’est de plus en plus la dictature.

    18/05/2010 | 10:48
  3. Moïra

    Il est primordiale d’avertir le consommateur de ce qui se trouve dans son assitette. On tente par tous les moyens d’avoir des normes strictes pour garantir un produit de qualité et dès que l’occasion se présente on met ça de coté et on se permet de vendre n’importe quoi. Je trouve ça irresponsable et dans quelques années les coûts en santé seront énorme et nous feront payer le citoyen pour se faire soigner alors que nous aurions pu empêcher ce problème à la source. Saviez vous que les études sont faites en fonction des résultats que l’on veut obtenir? Alors SVP faite une étude sérieuse avec des gens neutre!

    19/05/2010 | 7:18
  4. Nancy

    Malgré toutes les pétitions signées depuis quelques années en faveur de l’étiquetage, Santé Canada persiste à octroyer des terres à Monsanto pour des expériences à ciel ouvert et à encourager l’utilisation des semences transgéniques par les agriculteurs canadiens. L’économie passe avant la santé. Pourtant ils devraient réaliser que même à court terme c’est une mauvaise stratégie.
    Que pouvons nous y faire? Informer et revendiquer.
    Mais surtout encourager les produits locaux.
    Equiterre a aussi une formule vraiment géniale avec ses paniers de denrées fraîches produites en fonction de la demande.

    22/05/2010 | 8:17
  5. Françoise

    Non aux OGM;
    Non à Monsanto;
    Oui à la santé;
    Oui à la santé de nos enfants;
    Oui à la santé de la Terre.

    01/06/2010 | 9:54

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