par Roméo Bouchard
Coordonnateur de la Coalition SOS Pronovost

Tout indique que les événements des derniers jours (congrès de l’Union des producteurs agricoles (UPA), adhésion massive d’agriculteurs d’Abitibi-Témiscamingue à l’Union paysanne) viennent de faire franchir un tournant important à la réforme Pronovost.

Le ministre de l’Agriculture, des pêcheries et de l’alimentation, Laurent Lessard, en maintenant le cap sur la réforme de l’Assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA), fait la preuve que son ministère garde le leadership des politiques agricoles et que la crise actuelle des agriculteurs est due non à la réforme de l’ASRA mais justement au régime antérieur que la réforme tente de corriger. Le retrait des entreprises les moins performantes du calcul des coûts de production fait partie du redressement d’un programme qui sur-compense les producteurs de gros volumes; quant aux petits producteurs moins performants, des mesures compensatoires sont prévues pour eux.

De son côté, l’UPA a fait la preuve que sa campagne contre le retrait des entreprises moins performantes du calcul des coûts de production servant de base aux remboursements de l’ASRA n’était qu’un prétexte pour faire déraper le Livre vert qui proposera vraisemblablement des ajustements importants au système des plans conjoints contraignants de mise en marché et au régime de représentation syndicale unique.

Pour mettre fin à sa menace de boycott des sentiers de motoneige par les agriculteurs, l’UPA exigeait initialement le retrait de la coupure de 25% à l’ASRA. Mais les dirigeants de l’UPA, en ajoutant le maintien intégral du monopole syndical et des plans conjoints dans ses revendications, ont placé les agriculteurs et leurs instances régionales dans une situation impossible et insoluble. Ce boycott est voué à l’échec: il est loin de faire l’unanimité, les agriculteurs ne contrôlent qu’une faible partie des sentiers, plus de la moitié des producteurs qui ne profitent pas de l’ASRA (producteurs de lait notamment) et plusieurs régions se sentent peu concernés, la consigne ne sera pas suivie partout et des sentiers alternatifs s’organisent déjà. Les agriculteurs vont surtout y perdre des plumes à prendre leur population en otage de cette façon. Le mécontentement des délégués au congrès était évident : ils se sentaient pris au piège par la stratégie de leurs dirigeants, mais il était trop tard pour reculer; ils en ont remis en promettant d’autres moyens de pression (blocage des ponts) mais ils cachaient mal leur déroute….

Les défections de groupes imposants de producteurs en Abitibi-Témiscamingue, largement médiatisées, sont venues confirmer le climat de mécontentement et de division alimenté au cours de ce congrès par le nouveau mot d’ordre de boycott et le plan de réorganisation territoriale des instances de l’UPA. Cela ressemble de plus en plus à une perte de contrôle de la part de l’UPA. Du jamais vu.

La prochaine étape est la publication du Livre vert et la réunion de la Financière agricole autour du 15 décembre: tout indique que le Livre vert n’a pas été amputé et abordera de front le monopole et la mise en marché de proximité. La réforme de la gestion du zonage agricole semble acquise puisqu’elle n’apparaît plus dans les doléances de l’UPA. Le débat sera alors élargi au grand public et nous devrons tous y prendre part. Ce sera le «combat ultime»!

Le gouvernement n’a plus grand chose à perdre et ne peut que gagner à centrer l’attention sur des projets et des réformes souhaitées par un large public.

La position de l’opposition péquiste sera à suivre, car si les députés que la Coalition SOS-Pronovost a rencontrés fin novembre s’étaient montrés assez ouverts à la réforme (tout en ne sachant pas très bien comment affronter l’UPA), Pauline Marois et son candidat André Simard (candidat éventuel au ministère de l’agriculture) se sont collés publiquement et systématiquement à l’UPA durant la campagne électorale dans Kamouraska, tout comme lors de la période de questions au lendemain du Congrès de l’UPA.

Pour le moment, l’important est de contrer par tous les moyens à notre disposition la position et la désinformation de l’UPA qui prend la population en otage pour défendre un statu quo qui a conduit notre agriculture dans la crise actuelle. L’ASRA, même redressée, demeure un système injuste qui permet à une poignée de gros industriels d’encaisser sans limites des fonds qui devraient aller aux agriculteurs multifonctionnels et de monopoliser les marchés avec leurs produits standardisés. Comble de mépris: ce sont les petits agriculteurs des régions où la motoneige constitue un revenu important qui serviront de chair à canon pour défendre les prestations astronomiques des barons du cochon, du maïs et du Boulevard Therrien, car ce sont eux qui ont le plus à perdre avec la mesure du 25%!

Il faut aussi nous préparer à occuper le terrain qui sera libéré par le recul des monopoles de l’UPA en développant des formes nouvelles et plus appropriées de coopération et d’action collective. Il faut saluer en ce sens le travail persévérant de l’Union paysanne. L’heure des récoltes n’est peut-être plus si loin!

Je vous suggère d’utiliser comme outil d’information un dépliant qui explique les enjeux de la réforme et du Livre vert que vous pouvez imprimer sur la page d’accueil du site www.libererlesquebecs.com

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Un commentaire

  1. MAGELLA

    J’ESPERE QUE LE MINISTRE VA TENIR SON BOUT ET NE PLIERA PAS
    VENANT D’UN MOTONEIGISTE

    16/12/2010 | 12:51

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