par Charles Tanguay
Responsable des communications

Réplique à la chronique «Petite mentalité»
Claude Picher – La Presse du 16 mars 2010

Monsieur Picher,

Vous déplorez que certains ministres au gouvernement du Québec en soient rendus à une mentalité d’assistés sociaux, parce qu’ils auraient renoncé à augmenter les tarifs d’électricité en raison de la baisse des paiements de péréquation qu’une telle hausse provoquerait.

Effectivement, certains assistés sociaux font un calcul tout à fait rationnel en refusant une jobbine qui ne leur rapporte pas plus que l’assistance publique. N’en feriez-vous pas autant?

Avant de mépriser les assistés sociaux, vous et M. Montmarquette devriez plutôt nous dire ce que vous pensez des grandes industries énergivores bénéficiant de contrats spéciaux, qui accaparent 30 des quelques 165 TW/h d’électricité que consomme le Québec, à un prix en dessous du coûtant, ce qui, bon an mal an, prive HQ de 250 à 500M $. Voila une assistance publique qui coûte drôlement cher!

Mais laissons donc la péréquation et restons-en au vrai débat sur la hausse des tarifs d’électricité.

Nous serions, dites-vous, aussi riches que les Albertains si l’électricité était vendue au «prix du marché». Expliquez-nous donc de quel marché vous parlez au juste, vous, monsieur Picher, et tous les lucides qui rabâchent cette fiction économique?

Saviez-vous, messieurs, que le prix de l’électricité s’est effondré sur les marchés d’exportation? Saviez-vous qu’en ce moment, le prix moyen des exportations d’HQ est inférieur au prix qu’Hydro nous vend l’électricité ici? Ne savez-vous pas que le contrat d’exportation de plus de vingt ans que le Québec vient de signer avec le Vermont comporte des prix que le professeur Bernard de l’Université Laval a estimés à 4,5¢ le kilowattheure, en dessous de nos prix domestiques (6,5¢) et nettement en dessous du coût marginal (autour de 9¢)?

Les multinationales qui exploitent le pétrole albertain exportent la majeure partie de la production hors de l’Alberta, à des prix qui sont fixés sur les cours mondiaux. Sur les marchés de l’électricité, les prix sont basés essentiellement sur les coûts de production et l’électricité d’Hydro-Québec est consommée, à 90%, au Québec. De plus, le pétrole peut être exporté partout, contrairement à l’électricité. De grâce, cessez donc, vous et vos économistes, de comparer le marché de l’électricité au Québec avec celui du pétrole en Alberta. Ça ne fait pas très sérieux.

Le gaspillage
Les Québécois sont les plus gros consommateurs d’électricité au monde parce que 75% des habitations sont chauffées à l’électricité, une situation unique à travers tous les pays nordiques. Pour lutter contre le gaspillage, si gaspillage il y a, votre hausse «modeste» de 1¢ le kW/h, qui équivaut à 15%, soit dit en passant, pourrait en théorie s’avérer efficace dans le cas des ménages les plus riches, qui ont les moyens d’investir en efficacité énergétique (EÉ). Mais comme ils sont riches, ils risquent de ne pas se préoccuper beaucoup d’une hausse qui équivaut dans leur budget à de la petite monnaie.

Pour les autres ménages, la hausse de 15% que vous préconisez sera autant d’argent en moins qu’ils pourront consacrer à l’EÉ. Remarquez, ça ne changera pas grand chose, ils n’ont déjà pas les moyens, à l’heure actuelle, de réduire leur facture d’énergie, à moins de se laver eux-mêmes à l’eau froide.

Vous devriez plutôt suggérer d’autres mesures simples et qui coûtent peu. Par exemple, un code de construction qui imposerait la norme Novoclimat. Ça fait plus de quinze ans qu’on en parle et ce n’est toujours pas fait.

Mais allez-y mollo tout de même avec la lutte au gaspillage car, vous ne le savez sûrement pas, HQ est aux prises avec des surplus d’approvisionnement considérables pour au moins les dix prochaines années. Hydro Distribution en est même à devoir payer une pénalité de 150 M$ par an à TCE pour ne pas que sa centrale au gaz de Bécancour produise un seul kW/h d’électricité!  En luttant contre le gaspillage, vous risquez d’aggraver le problème des surplus et de contribuer à l’effondrement des prix d’exportation de l’électricité.

La création de richesse
Parlant de hausser le prix de l’électricité, vous, Montmarquette et vos acolytes évoquez sans cesse la «création de la richesse». De quelle richesse voulez-vous bien parler au juste? Serait-ce une nouvelle forme de créationnisme?

Parlez-vous de la hausse des coûts de production des entreprises québécoises, qui diminuera leur compétitivité et qui occasionnera pertes d’emplois et diminution des recettes fiscales? Ou encore de la hausse de l’inflation découlant de celle des tarifs d’électricité?

Ou peut-être est-ce la hausse des dépenses d’électricité de tous les ménages, indistinctement de leur revenu, qui occasionnera une baisse équivalente de la consommation et de l’activité économique?

Peut-être vouliez-vous plutôt parler de l’attrait économique accru d’autres formes d’énergie de chauffe, comme le gaz naturel, le mazout ou le bois de chauffage, toutes formes d’énergie qu’il faudrait encourager, j’imagine, puisque le réchauffement de la planète nous fera économiser l’électricité?

Assurément, nous ne comprenons pas la science économique de la même façon, puisque là où vous parlez de création de richesse, nous voyons plutôt de la création de pauvreté et des émissions accrues de CO2.

Nous nous rejoignons seulement pour déplorer que ce soit l’argument de la péréquation qui aura finalement eu raison de votre idée de hausser arbitrairement les tarifs d’électricité, car selon nous, il y avait une multitude d’autres raisons de ne pas le faire.

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6 Commentaires

  1. Sirius

    Bonjour,
    Vous messieurs, vous ne savez pas ce que c’est le monde normal, au
    salaire que vous gagnez, vous ne vous privez de rien.

    Le commun des mortels ont un budget à respecter.

    Je crois sincèrement que vous vivez sur une autre planète, il est peut
    être temps que vous redescendiez sur terre….
    En êtes vous capable? J’en doute beaucoup….

    20/05/2010 | 1:31
  2. Yves Chalifoux

    Bonjour à votre équipe,
    Il est toujours réjouissant d’obtenir de votre part une opinion contraire à celle (il faut bien l’admettre) dominante de nos néolibéraux autrement nommer Lucides (!!).
    Dans cette société ou pour certains tout devient marchandise (tout s’achète et tout se vend), la réplique offerte à Claude Picher par Charles Tanguay constitue une bouffée d’air frais. Elle permet au débat de se situer sur le terrain des préoccupations du « vrai monde » dans sa lutte quotidienne à joindre les deux bouts.
    Il semble bien, de toute évidence, que le concept d’énergie patrimoniale soit dans la mire de ceux et celles gravitant autour de l’Institut Économique de Montréal…

    21/09/2010 | 7:00
  3. René Blouin

    Voilà une réplique convaincante.

    Un texte aussi bien articulé mériterait d’être publié dans La Presse. Le fut-il?

    Merci de nous rappeler certains arguments de base qui permettent de consolider notre jugement.

    Bravo!

    08/10/2010 | 2:08
  4. michel Vallee

    les personnes âgés et les plus pauvres sont les plus touchés par toutes ces augmentations qui nous arrive de partout et remarquer que le sacro saint principe de l utilisateur payeur mis de l avant par nos amis lucides Lucien bouchard et compagnie touche surtout les plus pauvres et la classe moyenne et a la fin c est toujours les mêmes qui paient pour les incompétences ou le magouilles des personnes qui gèrent la province Hydro Québec la caisse de dépôt et tous les organismes qui dépense sans compter et sans ce soucier de qui paiera la note quand tu dépense et que c est pas toi qui paie et que c est bar ouvert d ailleurs notre gouvernement actuel en est le plus bel exemple Charest et sa clique ne font que piger dans nos poches et tout les prétexte sont bons
    PS la caisse de dépôt a perdu 40 milliard et on ne sait toujours pas ou est passe l argent et surtout a qui le crime paie et si une vraie enquête nous apprenais certaines choses! Non c est déjà oublié volontairement?

    24/10/2010 | 9:27
  5. Yves Germain

    OK pour un prix juste,
    mais donnons un crédit de patrimoine aux québéquois et principalement aux plus démunis ex.:
    Comme le crédit accordé sur la taxes de vente selon le rapport d’impôt de l’année précédente
    On rembourse les frais d’électricité payés selon les revenus bruts, pour éviter que les riches se servent de leurs nombreux échappatoires
    75% pour ceux sous le seuil de pauvreté, 0-25k$
    50% pour les 26-50k$
    25% pour les 50-80k$
    0 pour les 81 et plus
    La majorité des québéquois recevrait donc un revenu de notre patrimoine électrique comme les albertains en recoivent pour leur pétole.
    On pourrait éventuellement créer un deuxième patrimoine avec notre EAU
    Aucun kilowatt ne devrait être exporté à un prix inférieur à celui payé par le contribuable québéqois. Cette récupération paierait en grosse parie les crédits octroyés.

    16/10/2011 | 12:48
  6. Nicolas Lavoie

    La tarification de HQ respecte les couts du marchés Nord-Américain, comme la Colombie-Britannique, le Manitoba, et l’état de Washington ou la production hydro-électrique est omniprésente. En, général le coût de production de l’électricité à partir des barrages est toujours de 10 à 30% inférieur à la production provenant des combustibles fossiles comme le charbon de l’Alberta.

    26/01/2012 | 12:40

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