Flambée du prix des aliments

Une illustration des dangers que nous courons
à confier notre alimentation à une poignée de multinationales

par Charles Tanguay
Responsable des communications

Soumis aux dictats du commerce international, les aliments font l’objet d’une spéculation qui propulse les prix à la hausse. Nous n’avons peut-être encore rien vu, hélas…

Au cours des dernières décennies, l’industrie agroalimentaire mondialisée a été l’objet d’une concentration inquiétante. Le marché des semences, notamment, est contrôlé en grande partie par une poignée de multinationales peu scrupuleuses comme Monsanto. Le modèle que ces multinationales tentent d’imposer fait un usage intensif d’intrans chimiques et pétroliers, de même que des biotechnologies. Il asservit les agriculteurs et les endette, en plus de ne pas être durable au plan environnemental, puisqu’il détruit la fertilité des sols et contamine l’eau.

Ce modèle non viable, subventionné à coups de milliards par les gouvernements des pays riches, est décrié dans un rapport d’évaluation d’une envergure sans précédent publié en 2008. Pas moins de 54 États réunis à Johannesburg sous l’égide des Nations Unies ont lancé un appel urgent à des changements radicaux des politiques agricoles. Le rapport de 2000 pages du groupe International Assessment of Agricultural Knowledge, Science and Technology for Development (IAASTD) (1), fruit des quatre ans de travail d’un groupe de 400 scientifiques, conclut sans appel à l’échec des pratiques agricoles industrielles et lance un plaidoyer pour une agriculture plus diversifiée, à plus petite échelle et plus respectueuse de l’humain et de l’environnement.

Chez nous, le rapport Pronovost sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire au Québec est arrivé à des conclusions semblables en 2008.

Les aliments ne devraient pas être considérés comme une marchandise comme les autres, et nos politiques agroalimentaires devraient prendre un virage majeur: être moins axées sur la production intensive destinée à l’exportation et davantage sur la production diversifiée, à plus petite échelle, plus respectueuse de l’environnement et qui sert en premier lieu à nous nourrir.

La spéculation sur le prix des aliments est nourrie par d’inquiétants facteurs conjoncturels:

- les changements climatiques, qui provoquent sécheresses et inondations, détruisant les récoltes, et la perte de biodiversité qui découle de la standardisation des semences et de la manipulation génétique, qui compromet à long terme la capacité de la nature et de l’Homme à s’adapter aux changements climatiques;

- la course aux biocarburants, qui réduit les surfaces agricoles consacrées aux aliments;

- le pic pétrolier: la production mondiale de pétrole va décroître à partir de maintenant, poussant nécessairement le prix de l’or noir à la hausse. Or, l’agriculture industrielle est largement dépendante du pétrole.

- l’enrichissement des populations dans les pays émergents, qui provoque une hausse de la demande pour la viande, que l’on produit avec des quantités énormes de végétaux qui, autrement, nourriraient plus de gens.

Les hausses actuelles provoquent la faim, dans les pays en développement mais aussi chez nous, où les plus pauvres n’arrivaient déjà pas à se nourrir adéquatement. Nous avons vu récemment que la faim peut engendrer des révoltes populaires de grande ampleur et nous ne devrions pas, même ici, tenir la paix sociale pour acquise.

Dans ce contexte, la souveraineté alimentaire devient une question de sécurité.

À quelque chose, malheur est bon. La hausse du prix des aliments amènera certains consommateurs à repenser leurs achats et à modifier leurs comportements, et peut-être, nos gouvernements à changer les politiques.

Ainsi, nous pourrons nous réjouir:
- si les consommateurs se rapprochent des agriculteurs;
- s’ils achètent moins de produits transformés et cuisinent davantage;
- s’ils redécouvrent les achats groupés, les cuisines collectives, les coopératives d’alimentation;
- s’ils sont plus nombreux à cultiver un potager, même en ville;
- s’ils consomment davantage de produits d’ici;
- si le gaspillage diminue – actuellement dans le monde, environ 30 à 40% de la nourriture est jetée.

1. http://www.agassessment.org

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2 Commentaires

  1. Lady Diane

    et ils augmentent encore !!!!!!!!!!!!!!

    23/10/2011 | 3:57
  2. Nicolas Lavoie

    Est-ce normal que la Chine exporte 6 milliards de tonnes de nourriture vers les États-Unis à chaque année ?? Non, notre système de transport dépend avant tout de l’accès à un pétrole bon marché qui maintenant est de moins en moins disponibles. L’agriculture redeviendra plus locale avec moins de diversités mais, cela permettra aux régions du Québec de redevenir forte sur le plan socio-économique.

    26/01/2012 | 12:35

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