11 décembre 2012 – Dans son budget 2013-14, le gouvernement annonce l’économie de 336 millions $ par diverses mesures, dont l’abolition de la règle de 15 ans qui retardait l’entrée sur le marché de certains génériques au Québec. Enfin. Sauf que le gouvernement pourrait sauver entre 1 et 3 milliards $ en faisant davantage.

Car il est urgent de faire plus et mieux au chapitre du contrôle du coût et des dépenses en médicaments dans notre province. Comment être satisfaits de payer ici 38% de plus pour nos médicaments que la moyenne des pays de l’OCDE ? La facture en médicaments s’élève à plus de 1000 $ par personne au Québec, comparativement à 700 $ en Colombie-Britannique, à 440 $ en Suède et à 270 $ en Nouvelle-Zélande. Les dépenses en médicaments représentent 20% de nos dépenses de santé (contre 16% dans le reste du pays). Et Québec solidaire révélait récemment que la Suède, avec ses 9,5 millions d’habitants dépense moitié moins que nous pour ses médicaments (3,7 milliards$ et nous, 7 milliards$). Bref, il y a urgence d’agir, pour nos finances publiques et personnelles.

Comment ? La voie que nous privilégions est celle de l’adoption d’un régime entièrement public d’assurance médicaments. Pourquoi ? Afin d’avoir le contrôle de 100% de nos achats en médicaments et ainsi, un pouvoir de négociation beaucoup plus fort qu’actuellement.

Le régime hybride public-privé actuel donne des résultats désastreux. Ainsi, par exemple, les 57% de Québécois assurés par leurs assurances collectives ont des prix jusqu’à 80% (voire davantage) plus élevés que ceux assurés par la RAMQ parce que les honoraires des pharmaciens ne sont pas réglementés au privé. Ils n’ont pas non plus la gratuité des médicaments pour leurs enfants. En plus, ces assurés paient une taxe de 9% sur leurs primes d’assurance et assument par leurs impôts le déficit annuel de 2 milliards $ de la portion publique du régime d’assurance- médicaments. Pour leur part, les 43% de Québécois assurés par la RAMQ profitent de la gratuité des médicaments pour leurs enfants, de primes en fonction de leurs revenus (même si la prime maximale est trop vite atteinte), d’honoraires fixes avec les pharmaciens, …

Il nous apparaît donc qu’il y a urgence – urgence d’agir pour contrôler l’explosion des coûts de nos médicaments et pour garantir l’accès de tous les Québécois à des médicaments abordables.

Pour cela, comme nos dirigeants désirent souvent le faire, il suffit d’imiter des pays comme la France, le Royaume-Uni, la Suède ou la Nouvelle-Zélande. Ces pays ont adopté un régime entièrement public d’assurance médicaments, cette locomotive qui leur a permis de mettre en place toute une série de mesures afin de reprendre le contrôle sur leurs dépenses en médicaments : appels d’offre, négociations croisées, prix de référence, etc. Des mesures qui donnent des résultats : selon des chercheurs, les prix dans ces pays sont de 24% à 48% moindres qu’au Québec et la croissance annuelle des coûts y est de 2 à 3 fois inférieure à la nôtre.

A noter : ces pays attirent néanmoins de 35% à 400% plus d’investissements en recherche et développement pharmaceutique que le Canada. Alors que l’on apprend que le régime fiscal canadien est l’un des plus généreux au monde pour les entreprises (classement 2012 de la firme PwC), ne pleurons donc pas d’avance sur le sort de notre industrie pharmaceutique advenant l’adoption d’un nouveau régime d’assurance-médicaments.

Certains demanderont : pourquoi ne pas simplement réformer notre régime actuel, sans en abolir la partie privée ? Réponse par un exemple : le Bureau de la concurrence a démontré, dans une étude de 2008, que lorsque le prix des génériques est passé de 63% à 50% du prix de l’original au Québec et en Ontario, il a simultanément augmenté pour les assurés des régimes privés…

Combien peut-on aller chercher avec un régime entièrement public d’assurance médicaments au Québec? Entre 1 milliards$ et 3 milliards$, selon les sources et l’ampleur des mesures qui pourraient accompagner un tel régime. Largement assez d’argent pour abolir complètement la taxe santé, et beaucoup plus encore.

Plus de 276 groupes communautaires, syndicaux et experts du domaine de la santé ont adhéré à notre campagne et manifesté leur appui à l’instauration d’un tel régime. Ce sont des regroupements nationaux d’organismes communautaires, des fédérations syndicales du domaine de la santé, des chercheurs, médecins et autres parties préoccupées par la situation actuelle et convaincues que le début d’une solution réside dans le fait de contrôler 100% des achats en médicaments dans la province. Nous pressons le gouvernement d’étudier avec intérêt et diligence toute proposition ou projet de loi allant en ce sens, pour le mieux-être des Québécois et des finances publiques.

Elisabeth Gibeau, Union des consommateurs

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3 Commentaires

  1. Nancy

    A partir de Janvier 2013, les médicaments (800.00$/mois) de mes 2 enfants lourdement médicamentés avec des limitations fonctionnelles ne seront plus gratuit, cela m’enrage beaucoup. Mon mari aura une carte Médic construction, ils ne payeront qu’a 75%. De plus, le domaine de la construction en hiver est assez tranquille, donc assurance-emploi + augmentation du budget médicament, c’est injuste, si au moins le public et le privé s’égaleraient. Si le public pourrait payé le 25% de différence, j’en veux pas d’assurance-privé…Avez-vous une solution que je n’ai pas vue sur l’internet, y a-t-il un moyen ou un organisme pour nous aider. Merci, cela fait du bien de s’exprimer….

    21/12/2012 | 5:49
  2. comm

    Bonjour madame,

    Nous sommes tout à fait conscients des gros problèmes causés par notre régime d’assurance médicaments en partie public et en partie privé. C’est pourquoi nous menons depuis 2009 une campagne de pression afin que le gouvernement instaure un régime 100% public, comme en France, Royaume-Uni, Suède, Nouvelle-Zélande, … Dans ces pays, les médicaments coûtent beaucoup moins cher qu’ici. Jusqu’à 58% moins cher en Nouvelle-Zélande!

    En fait, nous avons le triste privilège d’être le deuxième pays le plus cher au monde pour le prix de ses médicaments.

    Il est donc urgent que notre gouvernement contrôle la hausse du coût des médicaments. C’est ce qui serait possible avec un régime entièrement public d’assurance médicaments, car cela donnerait au gouvernement un meilleur pouvoir de négociation avec les compagnies pharmaceutiques.

    Bref, si vous voulez des détails, nous vous invitons à consulter cette page de notre site : http://uniondesconsommateurs.ca/nos-comites/sante/rapports-et-memoires/pour-un-regime-dassurance-medicaments-entierement-public/

    Vous pouvez aussi aller regarder en ligne l’émission La Facture du 8 janvier 2013, qui expose d’autres cas problématiques comme le vôtre : http://www.radio-canada.ca/emissions/la_facture/2012-2013/archivage.asp

    Nous avons demandé une rencontre avec le nouveau ministre de la Santé, nous attendons toujours sa réponse.
    Mais à part cela, nous n’avons malheureusement pas de réponse miracle pour vous… Nous pouvons juste vous rassurer à l’effet que nous tentons vraiment de faire en sorte que la situation change. N’hésitez pas à contacter votre député et lui demander de mettre de la pression sur ces questions ou qu’il demande que le ministre de la Santé nous rencontre pour qu’on discute des solutions aux coûts exorbitants des médicaments, au Québec.

    Sinon, avez-vous comparé le prix des médicaments de vos enfants, d’une pharmacie à l’autre ? Il peut y avoir des différences très importantes, qui pourraient réduire le 25% que vous avez à payer.

    Si vous voulez, il y a aussi possibilité de rencontrer un conseiller budgétaire une ACEF, qui sont présentes dans toutes les régions : http://www.consommateur.qc.ca. Ceux-ci sont des experts du budget, ils pourront vous rencontrer et essayer de voir avec vous s’il y a des solutions pour mieux arriver à joindre les deux bouts. Il existe parfois des programmes sociaux qui donnent un petit coup de pouce bienvenu…

    N’hésitez pas à nous réécrire si vous avez des questions ou commentaires.

    28/01/2013 | 2:11
  3. Evelyne Houle

    Bonjour,

    De mon côté je suis retraitée de la fonction publique depuis décembre 2013. Le syndicat offre à ses membres une couverture d’assurance-maladie à ses retraités. Donc obligée d’ahérer. Toutefois cette prime s’élève à 1980$/année et comprends d’autres garanties que celle des médicaments. Après des plaintes formulées auprès de l’assureur, il appert que même en couvrant seulement les médicaments, la prime serait à peu près la même.

    Du côté de la RAMQ on m’a répondu qu’ils ne sont pas responsable de l’application de l’article 2 de la LAMQ qui stipule que la contribution financière demandée à un individu est en fonction de la situation économique parce que le contrat entre le syndicat et l’assureur est conforme à la Loi et ce, malgré que l’article 2 stipule que la Loi s’adresse en l’ensemble de la population du Québec.

    Donc on décide du coût d’un produit d’assurance à ma place (et trop onéreux pour mes moyens) par le biais d’une loi gouvernementale!

    25/09/2014 | 9:10

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