Historique

Union des consommateurs est née en 2001 de la fusion de la Fédération des Acef du Québec (FACEF) et d’Action Réseau Consommateur (ARC), deux fédérations qui existaient depuis les années soixante-dix.

Les ACEF

Les premières ACEF ont été fondées au milieu des années soixante. On en compte aujourd’hui une vingtaine, dans la plupart des régions du Québec. Elles offrent des services d’aide aux consommateurs et des services d’aide budgétaire : consultation budgétaire, cours sur le budget, ateliers sur différentes thématiques en lien avec le budget, activités d’information et d’éducation aux consommateurs et activités de défense des intérêts des consommateurs.

Les ACEF membres d’Union des consommateurs participent activement à ses comités de travail et à ses instances.

 


 

Petite et grande histoire des ACEF (1962-1990)

À partir d’un texte de Henri Goulet

En 1962, lors d’une grève à Shawinigan, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) dépêche des permanents syndicaux pour mettre sur pied un service de dépannage juridique pour des familles de travailleurs aux prises avec des dettes. Ce sera le premier comité budgétaire. Par la suite, des services semblables se développent dans d’autres régions. En 1965, des représentants des milieux syndicaux, religieux, coopératifs et des comités budgétaires créent une association de consommateurs permanente, indépendante de la CSN et accessible à l’ensemble de la population. L’expérience se répète dans plusieurs régions et on assiste à la création de nombreuses ACEF.

Dès lors, l’économie familiale constitue la préoccupation principale des ACEF. Parallèlement aux services de consultation budgétaire, les ACEF interviennent sur différents problèmes de consommation. L’ACEF apparaît de plus en plus comme un groupe de pression, dont les actions visent à contrecarrer les pratiques abusives à l’endroit des consommateurs et à amener le gouvernement à légiférer en matière de protection des consommateurs.

En 1970, les ACEF se regroupent pour créer la FACEF ; les interventions de la fédération portent surtout sur des questions d’ordre juridique. Elles mèneront à l’adoption de la Loi de l’Aide juridique (1972), de la Loi sur le Recours collectif (1978) et de la Loi de Protection du consommateur (1980).

En 1973, une entente est conclue avec la Fédération des Caisses populaires, qui a pour effet d’assurer un financement appréciable. La FACEF participe étroitement à l’essor du mouvement coopératif (comptoirs alimentaires, cliniques juridiques, associations de locataires etc.).

À partir de 1974, des débats idéologiques et structurels secouent l’ensemble du mouvement communautaire. Au congrès de la Fédération en 1977, les orientations adoptées privilégient le membership individuel et le travail sur l’endettement. Certaines ACEF quittent alors le mouvement. Au même moment, la Fédération des Caisses populaires met fin à son entente. La survie de certaines ACEF est menacée et le mouvement ébranlé ; les ACEF doivent à redéfinir leur rôle et leurs services. Une restructuration de la FACEF s’ensuit.

Les années 80 voient le développement des services budgétaires (consultation budgétaire, cours sur le budget) et des services d’aide aux consommateurs. Les ACEF perfectionnement leurs approches en matière d’intervention budgétaire, d’éducation populaire, de représentation et de défense des consommateurs.

 

L’histoire du mouvement des consommateurs au Québec

Si les années 50 et 60 ont vu apparaître, avec l’avènement de la société de consommation de masse, le «bonheur domestiqué», la décennie suivante verra surgir en corollaire un autre phénomène tout aussi important :  la défense des droits des consommateurs.

Dans un discours historique au Congrès le 15 mars 1962, John F. Kennedy proclame les droits fondamentaux de consommatrices et consommateurs.

Au Québec, le mouvement, lancé au tout début des années 60 sur une initiative de la CSN avec la création du Service du budget familial, conduira, entre autres, à la création des ACEF en 1965 et de la Fédération des ACEF en 1970 .

La fin des «trente glorieuses»

Les années 60, et plus particulièrement celles de la Révolution tranquille (entre 1960 et 1966) sont caractérisées par deux phénomènes majeurs : une croissance économique relativement stable suite à la récession d’après-guerre (entre 1957-1961) et une série de grandes revendications dans le domaine des politiques sociales.

Les efforts concertés se concrétiseront au début des années 70 par l’adoption, entre autres, de l’assurance-maladie, de la sécurité du revenu, de l’aide juridique, de la loi des petites créances et par l’établissement du réseau des CLSC. On assiste aussi à l’avènement d’un mouvement de consommateurs bien orchestré qui va faire de la défense des droits des consommateurs un nouveau champ d’intervention pour les associations qui commencent à voir le jour.

Ces groupes revendiquent notamment des mesures de contrôle plus sévères sur la qualité des biens et des services offerts aux consommateurs. Dans cette nouvelle conjoncture, le gouvernement fédéral crée, en 1967, le premier ministère de la consommation (Consommation et Corporations Canada). Quelques années plus tard, en 1971, le gouvernement québécois emboîte le pas : le nouvel Office de la protection des consommateurs se voit octroyer la responsabilité de l’application du premier Code de protection du consommateur, la Loi 45.

1970-76 : les associations en première ligne

Entre 1970 et 1976, les groupes de défense des droits des consommateurs sont bien implantés, dynamiques et largement reconnus par la population comme étant les premiers véritables défenseurs des consommateurs. Les groupes les plus crédibles dépassent l’OPC en termes de notoriété et d’efficacité. L’Office n’a pas, selon eux, les moyens de ses prétentions.

Les pressions exercées par les associations de consommateurs du Québec va définitivement trouver un écho avec l’arrivée au pouvoir du Parti québécois en 1976. Pierre Marois, ancien dirigeant des ACEF entre 1968 et 1974, est nommé ministre d’État au développement social et Lise Payette prend la direction du ministère des Consommateurs, Coopératives et Institutions financières. On assiste à une véritable révolution dans le secteur de la consommation : nouvelle loi de la protection des consommateurs en 1978, réforme de l’OPC (avec un budget à l’avenant), création des bureaux régionaux de l’OPC et d’un service de recherche, loi sur l’assurance-automobile, loi sur le Recours collectif, etc. L’Office orchestre une campagne de publicité contre la publicité destinée aux enfants dont les coûts vont frôler le million de dollars.

1976-1985 : le rouleau compresseur de l’État

Entre 1976 et 1980, on semble assister à une prise en charge quasi totale par l’État du champ de la consommation et cela au moment même où la conjoncture économique annonce déjà une crise majeure. L’échéancier politique de 1980 semble toutefois aveugler l’État québécois.

Au niveau social, la crise se manifeste déjà ; des conflits se manifestent entre les groupes sur des questions les idéologiques. La FACEF subira une scission majeure en 1977 – donnant ainsi naissance à la Fédération nationale des associations de consommateurs du Québec (FNACQ).

Pour les principaux groupes, l’approche traditionnelle – réclamer une intervention de l’État -, n’est vraiment plus à l’ordre du jour. Les conjonctures politique et idéologique, en profonde mutation, les pousses à la recherche d’une nouvelle pertinence. En pleine crise identitaire, les groupes se divisent. Et l’État consolide son monopole sur la protection des consommateurs.

1985-1990 : retrait progressif de l’État

Cette présence marquée de l’État va se poursuivre, jusqu’en 1985, moment de l’arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement libéral de Robert Bourassa. On assistera alors à l’alignement du Québec sur les tendances néolibérales déjà en action en Grande-Bretagne (1979), aux États-Unis (1980) et au Canada (1984).

On assiste alors à un certain retour en force des associations de consommateurs ; la retraite forcée durant la présence envahissante de l’État aura permis une reformulation des objectifs et des grandes orientations du mouvement. Le Québec fait son entrée sur la scène internationale avec une première participation au colloque de l’International Organization of Consumers Union (IOCU), tenu à New York en 1986. De nouvelles préoccupations voient le jour – l’environnement, par exemple – dans le cadre de la protection des consommateurs. Le retrait de l’État donne une nouvelle vitalité aux dossiers portant sur la santé, les services sociaux, les services publics, les communications, les services financiers, la privatisation dans le secteur de l’éducation, etc.

 


 

Voir le texte complet de Henri Goulet, Le mouvement des consommateurs au Québec, parue dans la revue Changements, vol. 6, numéro 1, printemps 1996, p.11-13

Henri Goulet, Le mouvement des consommateurs au Québec (PDF)

 


 

Pour une étude plus détaillée des origines et du développement du mouvement des ACEF au Québec, voir le mémoire de maîtrise présenté par Henri Goulet au département d’histoire de l’Université de Montréal en juin 1993.

Origine et développement du mouvement ACEF au Québec 1960-1970 (167 pages – PDF 9837 Ko)

 


Quelques points de repère chronologiques (1948-2002)

• 1948
– Fondation de l’Association des consommateurs du Canada (ACC). Le membership est très élitiste et réservé exclusivement aux femmes.

• 1958
– Création de la Fédération des Magasins Co-op
(FMCo-op).

• 1962
– L’ACC se transforme. Ouverture du membership aux hommes et lancement de la revue Canadian Consumer.
– Création du Service du budget familial à la CSN par André Laurin.

• 1964
– Création de l’Association coopérative féminine du Québec (ACFQ) en lien étroit avec la FMCo-op.

• 1965
– Assemblée de fondation des ACEF au Manoir du Lac Delage à Stoneham.

• 1966
– L’ACFQ fonde la Fédération des consommatrices du Québec. La FCQ mène une première grande campagne de boycott des chaînes alimentaires au Québec. 300 000 femmes participent à cette campagne.

• 1967
– Création du Ministère de la Consommation et des Corporations (MCC) par le gouvernement fédéral.

• 1968
– Fondation de l’Association pour la protection des automobilistes (APA).

• 1969
– Création du premier magasin Cooprix à Montréal et de l’Institut de promotion des intérêts des consommateurs (IPIC) par la FMCo-op.

• 1970
– Création de la Fédération des ACEF du Québec (FACEF).
– Instauration du programme d’assurance-maladie du Québec.

• 1971
– Adoption du premier code de protection des consommateurs (Loi 45) et création de l’Office de la protection du consommateur (OPC). Son budget est de 300 000 $.

• 1972
– Lancement de la revue de l’IPIC, Le Réveil du consommateur.
– Lancement de la revue de la FCQ, La Consommatrice.
– Adoption de la loi créant l’Aide juridique au Québec.

• 1973
– L’APA annonce des bureaux à Québec, Ottawa et Toronto.
– Première conférence fédérale-provinciale sur la consommation tenue à Québec.
– 10 groupes sont subventionnés par l’OPC pour un total de 80 000 $.

• 1974
– L’ACC (Québec) se donne une charte autonome, devient l’Association des consommateurs du Québec et conteste le monopole exercé par la centrale canadienne.

• 1976
– Élection du Parti québécois ; Pierre Marois est nommé ministre au Développement social et Lise Payette à la Consommation.
– Publication du rapport d’enquête sur la crédibilité des associations de consommateurs par la Faculté de droit de l’Université de Montréal.

• 1977
– Création de la Régie de l’assurance-automobile du Québec
– Taxe de 2 % sur la publicité électronique et organisation, par l’OPC, d’une vaste campagne publicitaire contre la publicité destinée aux enfants.
– Scission à la FACEF et création, par la suite, de la Fédération nationale des associations de consommateurs du Québec (FNACQ).

• 1978
– Adoption de la nouvelle Loi sur la protection des consommateurs ; élargissement du mandat de l’OPC ; relance de la revue Protégez-Vous et implantation de bureaux régionaux de l’Office dans toutes les régions.
– Mort de l’IPIC.
– Rupture consommée entre l’ACQ et l’ACC.

• 1979
– Entrée en vigueur de la Loi sur le Recours collectif au Québec.

• 1980
– 31 groupes subventionnés par l’OPC pour un total de 560 000 $

• 1981
– Début de la grande récession qui va durer jusqu’en 1982.

• 1985
– Création de la Commission Rochon sur la réforme des soins de santé et des services sociaux.

• 1986
– Publication des rapports Scowen sur la déréglementation, Fortier sur la privatisation et Gobeil sur la privatisation des organismes administratifs.

• 1988
– Réforme majeure de l’Aide sociale (loi 37) et création des désormais célèbres «boubou-macoutes».

• 1990
– 41 groupes subventionnés par l’OPC pour un total de 720 000 $. Le budget de l’OPC atteint les 14 millions de dollars.

• 1995
– Coupures importantes dans le budget de l’OPC.
– Les groupes réclament la tête de la présidente de l’OPC.

• 2002
– Fusion entre la Fédération des ACEF et Action Réseau Consommateur (anciennement la FNACQ) qui donne naissance à Union des consommateurs.