Politique énergétique : consultations pour qui et pourquoi ?

À peine un an après la parution du rapport final de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec, débute aujourd’hui une nouvelle série de « consultations publiques » visant à élaborer la prochaine politique énergétique du Québec. Cet exercice demandé par le ministre M. Pierre Arcand nous semble superflu et coûteux. De plus, en y laissant les représentants de l’industrie agir en tant que maître d’œuvre de cette nouvelle démarche, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles semble davantage vouloir satisfaire des visées de développement économique plutôt que de chercher à adopter des politiques énergétiques conçues dans l’intérêt général de la population du Québec.

Rappelons qu’à l’automne 2013, la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec a mené une consultation publique dans tout le Québec pour aller à la rencontre des citoyens, institutions et entreprises et recueillir leur opinion, leur vision et leurs préoccupations en matière d’énergie. Plus de 460 mémoires et documents de réflexion ont été transmis à la Commission, qui a tenu 47 séances de consultation publique. La consultation s’est également déroulée sur Internet et 240 commentaires ont été recueillis, et le rapport final a été déposé en février 2014.

Le caractère représentatif et consultatif de la démarche qui s’amorce aujourd’hui n’est qu’un pâle reflet de la démarche de 2013. Par exemple, pour le premier thème portant sur l’efficacité et l’innovation énergétiques, une table ronde d’une seule journée se déroulera à Montréal. Celle-ci réunira huit « experts » du Québec et de l’étranger, qui sont en fait des consultants et des fournisseurs de produits et services énergétiques ou même financiers. Quant aux citoyens et organismes représentant la société civile, ceux-ci ne pourront qu’observer les discussions de la table, sans pouvoir y participer. Ce n’est qu’au cours de la soirée qu’ils pourront exposer leur opinion au micro en prenant soin de ne pas dépasser les cinq minutes attribuées pour chaque intervention. Pour ceux et celles qui souhaitent élaborer leur pensée, ils pourront le faire de manière interactive (sic) en publiant leurs commentaires sur un blogue prévu à cet effet. Difficile de ne pas être cynique devant ce manque de sérieux.

De quelle façon cette nouvelle démarche qui laisse peu de place aux consommateurs, groupes environnementaux ou fournisseurs québécois d’énergie peut-elle se substituer de façon crédible à celle terminée l’an dernier, et qui a donné lieu à de nombreuses recommandations pertinentes ? Comment des représentants de l’industrie, avec leurs intérêts commerciaux propres, pourront-ils à eux seuls élaborer des politiques dans l’intérêt général du Québec et de sa population ?

Il y a tout lieu de croire que cette consultation ne servira qu’à justifier l’élaboration d’une politique énergétique au service de l’industrie plutôt que de répondre aux véritables enjeux énergétiques auxquels le Québec sera confronté au cours de la prochaine décennie. Union des consommateurs craint d’ailleurs que la prochaine stratégie énergétique oriente encore une fois le Québec vers des choix douteux et coûteux en matière d’énergie, comme cela a été le cas avec les programmes d’achats d’énergie éolienne, ou vers des choix peu respectueux de l’environnement et dont l’acceptabilité sociale n’est pas au rendez-vous, telle l’exploitation du gaz et du pétrole de schiste.

Cette nouvelle consultation est un exercice peu démocratique et un gaspillage de fonds publics dont les consommateurs auraient pu se passer en ces temps de compressions et d’austérité.

 

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Pour information complémentaire :

Marc-Olivier Moisan-Plante
Analyste, politiques et réglementation en matière d’énergie
Union des consommateurs