Réapprendre à consommer

Collaboration spéciale de Roger Lafrance et François Genest
respectivement de l’ACEF Montérégie-est et de l’ACEF du Grand-Portage.

On accuse souvent les organismes communautaires de crier au loup, de chialer contre tout, bref d’être des empêcheurs de tourner en rond. Mais quand on constate ce qui se passe ces temps-ci dans toutes les économies du monde, on se rend compte que, finalement, les organismes avaient raison depuis bien longtemps.

En fait, la crise financière et économique actuelle démontre la faillite de la philosophie néo-libérale en matière économique qui a déferlé dans la plupart des pays. Le laisser-aller peut mener aux pires abus. En recherchant le profit à tout prix, le secteur financier a démontré qu’il était incapable de s’autoréglementer et de protéger les consommateurs. Qu’on le veuille ou non, ce rôle revient aux gouvernements.

Il y a longtemps que les ACEF sensibilisent la population face aux dangers du surendettement. Pendant de nombreuses années, l’économie a reposé sur la consommation et le crédit. Rappelez-vous l’appel lancé au lendemain du 11 septembre 2001 par le président Bush exhortant les citoyens américains à dépenser pour relancer l’économie. Cette surconsommation nous a mené directement à la crise actuelle.

La récession que voici constitue donc une belle opportunité de revoir notre façon de vivre et de consommer. Nous pourrions choisir de revenir à des valeurs plus responsables qui, hier encore, guidaient la plupart des familles québécoises. Par exemple, de vivre selon ses moyens, c’est-à-dire d’avoir un niveau de vie correspondant à notre capacité de payer. Le crédit nous a appris qu’on pouvait tout se payer. Or, ce n’est pas vrai. C’est simplement de la poudre aux yeux.

Il faudra aussi réapprendre à économiser. L’épargne est pratiquement disparue chez bien des ménages. En fait, les Canadiens épargnent en moyenne moins de 1% de leur revenu net, c’est-à-dire presque rien. C’est trop peu pour faire face aux imprévus. Pour plusieurs d’entre nous, c’est la marge de crédit qui a remplacé l’épargne. On emprunte même pour acheter des REER! Les gouvernements devront aussi prendre les mesures nécessaires pour mieux protéger les consommateurs. Les règles régissant les banques et le crédit doivent être resserrées. Par exemple, les ACEF demandent depuis plusieurs années que la publicité et la sollicitation sur le crédit soient interdites. Il est beaucoup trop facile d’avoir du crédit. Certains secteurs devraient aussi être réglementés, notamment celui de la téléphonie cellulaire. Le nombre élevé de plaintes dans ce secteur en est un bel exemple.

Mais au-delà de toutes ces considérations, nous devrons remettre en question notre rôle de consommateurs. Quelle place devons-nous accorder à la consommation? Notre bonheur passe-t-il nécessairement par l’achat de biens de consommation? Il fut un temps où on disait que payer ses dettes, c’était s’enrichir. Au fond, quand on y repense, ce n’est pas si bête que ça.

Comment réagir?

Premièrement, assainir sa situation financière: payer ses dettes, surtout ses soldes de cartes de crédit, qui ont souvent un taux d’intérêt très élevé. Deuxièmement, restreindre ses dépenses, notamment pour des projets coûteux qui risquent de nous endetter (résidence secondaire, changer l’auto ou en acheter une deuxième, agrandissement de la maison…). Troisièmement: épargner, afin d’avoir un petit coussin de sécurité. Enfin, suivre des formations qui contribuent à ouvrir de nouvelles possibilités d’emploi ou qui consolident le présent emploi. Dans le fond, il s’agit de gérer son budget sagement et prudemment.