Mini-budget Leitão : tentative de séduction pré-électorale

Montréal, le 21 novembre 2017 – Le ministre des Finances, Carlos Leitão, a présenté aujourd’hui sa mise à jour économique, annonçant la redistribution de milliards de dollars en surplus budgétaire pour l’année 2017. Union des consommateurs est consternée par cette opération de charme du gouvernement Couillard et choquée de constater l’absence de prise en compte des intérêts collectifs des Québécois dans l’annonce des mesures incluses dans le mini-budget. Le ministre Leitão propose une répartition de ces surplus, accumulés au prix des nombreuses compressions des dernières années, selon 3 axes : une baisse d’impôt, un réinvestissement dans les services publics et le financement du troisième plan de lutte à la pauvreté.

Ce n’est qu’un milliard sur 5 ans qui sera réinvesti en éducation et en santé. Il s’agit d’une somme insignifiante compte tenu du fait que les surplus anticipés, les plus importants jamais enregistrés, résultent majoritairement des compressions imposées à ces mêmes ministères. Selon l’IRIS, les programmes sociaux et les services publics ont subi, entre 2014 et 2016 seulement, 4G $ de compressions. Y réinjecter si peu est donc nettement insuffisant. Sans compter que les conséquences de ces compressions se font réellement sentir : « Mes collègues conseillères budgétaires [en] constatent chaque jour l’effet sur le niveau de vie des ménages et particulièrement sur celui des ménages les plus vulnérables », déplore Élisabeth Gibeau, analyste des politiques sociales et fiscales à Union des consommateurs.

Plus de 50 % du surplus sera remis en baisse d’impôt rétroactive, qui s’appliquera donc à l’année 2017. L’annonce d’un tel cadeau, que recevront les Québécois à moins d’un an des élections, constitue une tactique de séduction fort peu subtile de la part du gouvernement Couillard. Non seulement cette baisse d’impôt est-elle dérisoire, mais il apparait évident que ce ne sont pas de baisses d’impôt dont nous avons besoin. Il est plutôt temps d’accorder la priorité à la réduction des inégalités, comme le suggèrent d’ailleurs plusieurs instances internationales, y compris le FMI. Dans ce contexte, le fait pour le gouvernement de se priver volontairement de revenus semble particulièrement absurde.

Une partie du surplus sera aussi injectée dans le troisième plan de lutte contre la pauvreté, dont les détails seront annoncés par le ministre de la Solidarité sociale, dans les jours à venir. Union des consommateurs s’attend à peu de ces nouvelles mesures, dont les premiers échos sont loin d’être rassurants. Les plans précédents n’ont présenté aucune mesure réellement susceptible de garantir un niveau de vie décent aux personnes en situation de pauvreté. Les gouvernements successifs, au fil des 30 dernières années, se sont bornés à cantonner la lutte à la pauvreté à la multiplication d’incitatifs au travail, alors que le problème est autrement plus complexe. La réelle priorité devrait être d’assurer à tous un revenu qui excède le seuil de pauvreté – avec ou sans incitatif à l’emploi.

Un autre 2,3G $ sera appliqué au remboursement de la dette du Québec. Pourtant, les analystes financiers s’entendent pour dire que l’empressement à rembourser la dette n’excuse pas le choix de ralentir les dépenses dans les secteurs essentiels du système : l’état de la dette n’est pas alarmant – la croissance du PIB suffit à la diminuer. Y injecter une telle somme au détriment de l’éducation et de la santé parait donc injustifié. Il semble d’ailleurs y avoir un rare consensus : personne, des groupes sociaux aux commentateurs politiques, ne semble dupe des manœuvres bassement pré-électoralistes du gouvernement. « Après l’affaiblissement volontaire du filet social, nous assistons à des annonces de réinvestissements qui sont de la poudre aux yeux, et de baisses d’impôt qui sont un leurre », affirme France Latreille, directrice d’Union des consommateurs. Nous avons les moyens de faire autrement, comme le démontrent les solutions fiscales proposées dans le document 10 milliards $ de solutions de la Coalition Main rouge. Les 20 mesures qui y sont proposées permettraient d’aller chercher 10G $ supplémentaires chaque année pour les finances publiques, sans privatisation ni tarification.

Union des consommateurs est un organisme sans but lucratif qui réunit douze associations de consommateurs. Sa mission est de promouvoir et de défendre les droits des consommateurs, en prenant en compte de façon particulière les intérêts des ménages à revenu modeste.

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Pour information :
Sarah Maillé, Chargée de communication
Union des consommateurs
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 10 milliards $ de solutions